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Une nouvelle journée de blocus marquée par l’incompréhension à l’IUT ce lundi 19 octobre

Durant le week-end, les étudiants de l'IUT se sont organisés sur les réseaux sociaux à l'instar de Whatsapp. Leur objectif : organiser une assemblée générale dès le lundi matin à 7h45, avant le début des cours afin de décider d'un blocage de l'établissement. Une organisation ressentie comme ubuesque par de nombreux étudiants.

C'est en arrivant devant l'établissement à 7h45 que la plupart des étudiants ont découvert l'organisation d'une Assemblée Générale Thomas Sorin /TTU

En Assemblée Générale, vendredi 16 octobre, l’idée d’un nouveau blocage de l’établissement avait déjà été évoquée mais ce n’est que durant le week-end que l’idée s’est concrétisée.

De multiples revendications

Ce week-end a également été l’occasion pour les étudiants de l’IUT de clarifier et coucher leurs revendications sur le papier. Utilisant Framapad (NDLR : une alternative libre de droits à des logiciels comme google docs et microsoft word), chaque étudiant pouvait noter ses revendications sur le document collaboratif.

Parmi elles, certaines correspondent à des éléments spécifiques au milieu étudiant : la « Suppression de Mon Master » pour mettre « fin à la sélection à l’entrée dans l’enseignement supérieur », « la création de places supplémentaires dans les formations », « l’abrogation de la loi Bienvenue en France », la stabilisation « des frais d’inscription », « le maintien et du repas à 1 € pour toutes et tous dans les restaurants universitaires, sans limitation du nombre de repas, avec des moyens humains et financiers suffisants pour garantir la qualité du service », « la revalorisation des bourses », des « logements dignes et accessibles dans les résidences universitaires », « l’augmentation des financements dédiés à l’enseignement supérieur et à la recherche », « la rénovation des bâtiments », « le recrutement de suffisamment d’enseignant·es et de personnels, notamment infirmier·ères et psychologues » (NDLR : le poste de psychologue à l’IUT est vacant depuis le début de l’année), « un meilleur accompagnement des étudiant·es en situation de handicap » et « l’ouverture du crous en soirée ».

D’autres revendications, sont elles tirées du programme politique de La France Insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon comme le « changement de constitution et la fin de la Vème république ».

On peut également y lire : « soutien au mouvement lycéen », « suppression de Parcoursup », « lutte contre l’islamophobie et les discriminations dans les lieux d’étude : […] suppression des restrictions discriminatoires concernant le port du voile sur les cartes étudiantes et abrogation de la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l’école publique, notamment le voile au lycée ».

La mise en place du blocus

Aucun vote n’ayant été organisé sur un blocus ce lundi 19 octobre, les étudiants mobilisés ont décidé d’organiser une nouvelle Assemblée Générale le matin même avant le début des cours afin d’en confirmer ou non la tenue. Ils ont néanmoins pris la précaution durant la nuit de préparer le matériel qui leur serait nécessaire, comme à leur habitude.

De nouvelles personnes ont pris en charge la coordination du mouvement

Dès 7h30, lundi matin, les barricades étaient donc en place à l’arrivée des étudiants, ignorant pour la plupart la tenue de cette nouvelle Assemblée Générale. Certains, entrant via d’autres accès attendaient d’ailleurs déjà devant leurs salles de cours au moment où les prises de parole ont commencé.

C’est donc face à 300 étudiants que les nouveaux coordinateurs ont pris la parole aux environs de 7h55, tour à tour, exposant une partie de leurs revendications (les plus consensuelles au sein de la communauté étudiante). Annie Cottel, gérante de la Cafet Roz installée au coeur de l’IUT a également pris la parole et averti des conséquences des jours de fermeture imposés par le blocage étudiant, qui risque de fermer définitivement son entreprise.

A la fin des prises de paroles étudiantes, scandalisées par la politique de maintien de l’ordre du gouvernement lors des manifestations du samedi 17 octobre, les coordinateurs ont proposé le vote d’un blocage pour l’ensemble de la semaine s’étendant du 19 au 23 octobre, afin que les « alternants aient une vision plus élargie sur leur semaine ». (NDLR : Ces derniers sont considérés en grève et donc non rémunérés lors de la fermeture de l’établissement, à moins qu’ils ne se présentent dans leur entreprise, parfois à des centaines de kilomètres de Lannion.) Le résultat du vote : sur 350 personnes, 15 se sont abstenues, 30 se sont dites contre et 110 pour (NDLR : les personnes ne levant pas la main ne voient pas leur vote compté dans les abstentions mais sont néanmoins dénombrées dans les votants).

Plusieurs orateurs se sont exprimés, prenant tour à tour le mégaphone.

Le blocus voté, des cris de joie émaillent le parvis de l’IUT. Seulement, 8h étant passé sans décision prise, certains étudiants sont en cours et sans information à l’instar d’une promotion de Mesures Physiques dont 40 sur 110 sont encore présents en cours de météorologie un quart d’heure après le vote « représentatif » du blocage. Pour le directeur adjoint, Olivier Berder, la situation est incompréhensible.

Je veux bien essayer de comprendre ce qu’il se passe

Certains étudiants étant déjà en cours, le vote portant sur une semaine et l’information n’étant selon lui pas claire, il cherche, comme la plupart des étudiants à comprendre la situation désorganisée entre les étudiants qui partent en cours, ceux qui rentrent chez eux et ceux qui s’installent devant le bâtiment. Elouan, coordinateur du mouvement précédent est lui aussi perdu vis à vis des organisateurs : « Je veux bien essayer de vous aider à gérer mais là, tout le monde est dans l’incompréhension totale ».

Olivier Berder propose aux organisateurs : « Vous proposez un truc sur la semaine, les gens ne savent pas quoi voter. Aujourd’hui, vous avez décidé quoi ? Pour moi, ce n’est pas normal de bloquer toute la semaine sur un seul vote. Vous trouvez vraiment ça normal ? » . Il dénonce également un « manque de clarté » et propose un nouveau vote qui ne se limite qu’à un blocus pour la journée, reconductible à chaque Assemblée Générale, condition sine qua non d’une reconnaissance de la décision par la direction de l’IUT.

Olivier Berder s’est adressé aux étudiants encore présents.

Après accord des organisateurs, il prend la parole : « Est-ce que c’est clair ? Ce n’est pas le vote d’un blocus pour toute la semaine ! » et de mander : « Exprimez-vous tous, pas seulement quelques personnes. » A l’issue du second vote, sur 250 personnes présentes, 25 s’abstiennent, 32 sont contre, 92 pour. Le directeur adjoint confie face à cette situation insensée : « On ne sait pas quoi envoyer en mail, certains sont en cours d’autres non ».

La situation reste en suspens jusqu’à 8h50, heure à laquelle une délégation d’étudiants est reçue par la direction de l’Institut. A 9h00, les personnels de l’établissement et étudiants reçoivent un mail disant que « seuls les portails sont fermés, l’IUT est ouvert ». De leur côté, les personnels rappellent que l’obligation d’assiduité est toujours en place.

Les deux coordinateurs du mouvement.

Sortant de leur réunion avec la direction, les coordinateurs convoquent une nouvelle assemblée générale à 10h. La raison : le refus par la direction de fermer l’établissement. Ils soumettent donc aux étudiants présents venus en masse le « blocage total de l’IUT et l’interruption de tous les cours par tous les moyens ». Un personnel soupire : « C’est la situation qu’on voulait absolument éviter ».

La masse d’étudiants galvanisés par l’action qu’ils s’apprêtent à mener accoure dans les bâtiments, enceintes et mégaphones au poing. Ils frappent sur les portes, crient, entrent dans les salles, invectivent les enseignants qui refusent d’arrêter leurs cours et saluent ceux qui acceptent.

Vers 10h30, décision est prise de couper tous les accès aux bâtiments qui viennent d’être évacués. Les portes sont bloquées par les manifestants et les badgeurs désactivés par la direction.

Dans la cafétéria restée ouverte, les étudiants ont pu jouer, échanger, débattre et travailler.

Seul le bâtiment administratif reste ouvert tout comme la cafétéria tenue par Annie Cottel. A 11h, la direction, réunie en cellule de crise prend la décision de l’annulation de l’ensemble des cours pour la journée.

Quelques étudiants ont perturbé le rond-point à la jonction de la rue Edouard Branly et de l’avenue de la Résistance.

Les étudiants mobilisés vont pour un grand nombre perturber la circulation autour du rond-point, avenue de la Résistance. Une voiture, gyrophares et feux de détresse allumés va et vient sans cesse toute la matinée et ralentit la circulation.

Plusieurs lycéens, venus en immersion ce jour se retrouvent désemparés par le mouvement. Faute de cours et d’enseignants, ils attendent à l’entrée du bâtiment administratif, où la prise en charge est difficile, la situation étant exceptionnelle et des questions de responsabilité entrant en jeu.

Une réponse de la direction

Françoise Le Guen, directrice de l’IUT a reçu deux étudiants à la suite de l’Assemblée Générale.

Dans un entretien accordé à TTU et aux autres médias locaux, Françoise Le Guen, directrice de l’IUT explique le déroulé de sa journée : « Nous n’étions pas informés officiellement par les étudiants qu’il y avait une assemblée générale à 7h45. Donc, évidemment, pas de communication auprès des élèves et des personnels puisque aucune annonce. Les bâtiments étaient ouverts dès 7h30 du matin. ».

C’était difficile d’aller dire aux enseignants qui étaient en place, ton cours, tu l’arrêtes là

Avec la décision de « blocus total » prise par l’Assemblée Générale, et « en raison de règles de sécurité, les bâtiments ont été bloqués [par la direction] vers 10h30 ». Avec la suite programmée du mouvement, un bureau de direction a été convoqué avec les chefs de département : « On a évoqué le distanciel » pour assurer la continuité des cours. Reste à voir comment ces derniers peuvent être adaptés à ce format particulier, déjà utilisé durant la crise du Covid. Quand aux enseignants réfractaires ou peu à l’aise, « les profs s’y opposent s’ils sont grévistes ».