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Manifestations lycéennes et étudiantes à Lannion : le récit de la journée du 6 octobre en photos

En ce troisième jour de mobilisation lycéenne à Lannion, l'IUT a rejoint le mouvement, l'ENSSAT elle le quitte. Retour sur cette journée de mobilisation intersyndicale et intergénérationnelle en images.

Quelques 700 manifestants se sont réunis sur le quai d'Aiguillon. Thomas Sorin /TTU

Voilà une semaine que les rumeurs circulaient : « blocus à l’IUT », « Lycée le Dantec bloqué », « ENSSAT en soutien ». Et, cela n’a pas manqué. Lundi soir, les étudiants de l’IUT présents à l’Assemblée Générale ont voté pour le blocus de leur établissement, à Félix Le Dantec, la décision était conditionnée par un arrêté préfectoral publié avant le week-end et abrogé lundi.

Un premier blocus à l’IUT

Dès 7h, à l’IUT, les premiers étudiants se sont rassemblés devant les grilles. Ils ont commencé à monter des barricades devant tous les accès de l’établissement à l’aide de mobilier, palettes et objets divers récupérés la veille et le matin même dans Lannion.

Un mouvement non syndiqué

Une des problématiques de ce mouvement : l’absence de représentants clairs. Contrairement aux manifestations habituelles où les syndicats organisent et se font porte-parole des mouvements, celui-ci est totalement détaché des syndicats étudiants et lycéens qui eux viennent soutenir les manifestations et blocus.

Devant les grilles de l’IUT, beaucoup d’étudiants masqués discutent, fabriquent des pancartes, montent des barricades et zones de repos.

Elouan, instigateur du mouvement de l’IUT explique les revendications des étudiants : « Nous sommes là en soutien avec les lycéens qui se font tabasser par certains CRS depuis une semaine. On est là pour nos propres revendications aussi : le gel des APL, plus d’enseignants. On est là aussi pour avoir plus de budget pour les alternants ».

Un blocus qui touche également la résidence ouverte pourtant toujours ouverte : « On a aussi bloqué le Crous parce que nos revendications portent dessus : le manque de logements, les bourses, les repas du restaurant universitaire pour lesquels des quotas sont instaurés ».

C’est cool, il y a du répondant de la part des étudiants.

Nous voulons aussi l’abrogation des budgets austéritaires qui détruisent le service public. » Des revendications qui vont donc au-delà de la question étudiante.

Son mot d’ordre pour cette journée de mobilisation : « Vive la lutte ! »

Des syndicats professionnels présents

Cette journée de manifestation à l’échelle des lycéens et étudiants a également mobilisé l’Intersyndicale lannionnaise, venue sur les sites des blocus soutenir et conseiller les néo-grévistes.

Les syndicats se sont aussi mobilisés avec les étudiants.

Toutes deux syndiquées à la CGT, Maryvonne Le Carboulec et sa camarade de lutte trouvent les revendications justes : « Ils demandent des moyens et veulent étudier dans de bonnes conditions et la répression que l’on a pu voir jeudi et vendredi sur Lannion est vraiment abominable ».

Ce n’est pas en déshabillant Pierre pour habiller Paul que l’on va donner des moyens dans les IUT ou les lycées.

C’est en tout cas l’idée que défendent les deux militantes venues témoigner de leur accord devant les barricades et scandant : « La vieillesse avec la jeunesse ! »

Un soutien modéré de la direction de l’IUT

Françoise Le Guen, directrice de l’IUT : « Ce matin, on a pu constater que les étudiants avaient bloqué le site. Ils étaient environ une centaine à 8h30. Pour le moment, ça se passe dans le calme, ce que l’on souhaite évidemment. Nous avons invité les personnels à télétravailler et à ne pas rentrer sur le site ».

Françoise Le Guen, directrice de l’IUT de Lannion a pu échanger avec les étudiants mobilisés.

L’IUT cherche des solutions de son côté pour atténuer la colère étudiante : « Hier, en bureau de direction, avec les chefs de département, et la direction, nous avons échangé sur la problématique en local avec le Crous. Nous avons des pistes pour essayer de ne pas pénaliser les étudiants. Ce sont des réflexions en cours qui doivent encore revenir vers les équipes. Nous avons aussi pu étudier et voir qu’il y a des difficultés à venir sur les APL pour les jeunes. Il y a beaucoup de choses qui sont aujourd’hui inquiétantes donc de ce côté là, on ne peut évidemment que partager ces inquiétudes ».

Quand il y a un mouvement, ça ne peut pas être un moment sans dialogue car les choses se décident avec nous.

C’est pour cette raison que Françoise Le Guen est allée à la rencontre des quelques étudiants présents sur les barricades dans l’après-midi.

En parallèle de la manifestation, des consignes ont été données aux étudiants alternants par un membre de l’administration de l’établissement : « La règle : il appartient à l’employeur de vous dénombrer donc ne vous déclarez pas en grève. S’il y a des étudiants qui ne sont pas grévistes, ils doivent se rapprocher de leur employeur. Nous avons fait partir des mails aux entreprises leur indiquant qu’il y avait un blocus et que l’accès à l’IUT était fermé. C’est à l’employeur de venir vers vous pour voir ce que vous faites. »

Une manifestation pacifiée à Le Dantec

Si l’IUT était bloqué, l’attention était davantage sur la mobilisation des lycéens devant le lycée Félix Le Dantec. Une nouvelle fois, les lycéens ont instauré un barrage filtrant, condition sine qua non de la non intervention des policiers.

Pascale Le Flem, proviseure du lycée a annoncé vouloir « voir avec les lycéens pour faire échange dans l’amphithéâtre, trouver des lieux d’expression, des moyens de représentation ».

Cette fois-ci et, contrairement à ce que redoutaient les forces de l’ordre, aucun débordement n’a été recensé. Ni les effectifs de la police nationale, ni ceux de la police municipale ne se sont d’ailleurs stationnés à proximité du rassemblement.

Bon nombre de parents avaient cependant fait le déplacement, craignant « de nouvelles violences de la part des forces de l’ordre », « en soutien » de leurs enfants ou même « pour encadrer les jeunes ». Ils étaient environ 400 selon la préfecture. Les syndicats étaient également présents et avaient organisé la manifestation en lien avec les autorités locales.

On veut le bac, pas la BAC ! (NDLR : Brigade Anti-Criminalité)

Alors qu’un rassemblement était initialement prévu à 11h30 sur le quai d’Aiguillon, les lycéens ont lancé le départ à 10h30, descendant progressivement les ruelles lannionnaises. Escortés par l’Intersyndicale, les élèves se sont arrêtés devant le lycée privé Joseph Bossuet et ont appelé à sa « libération ». Au fur et à mesure que le cortège s’éloignait, les barricades devant le lycée public se sont vidées.

Sur le quai, les leaders du mouvement ont pris la parole chacun leur tour, défendant des causes aussi variées que sérieuses : défense des services publics, hausse des budgets, rénovation du bâti, aussi bien des internats que les salles réservées aux enseignants, remplacement d’enseignants absents, etc.

Plusieurs termes sont revenus à plusieurs reprises comme des slogans : « révolutionnaires », « altermondialistes », « antifascistes », « insoumis ».

Une Intersyndicale présente et « fière »

Pour l’Intersyndicale, menée par Alain Stéphan, cette mobilisation a été synonyme d’ « unité »

Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas mobilisé autant de monde.

Il évoque un « plaisir » pour lui et ses collègues d’accompagner les lycéens : « Ce matin, ça s’est très bien passé, nous sommes restés en retrait pour être dans l’accompagnement du mouvement lycéen et ça s’est très bien passé. Les lycéens savent très bien pourquoi ils font ce mouvement. Bravo à eux ! ». Les syndicats sont prêts à se remobiliser si le mouvement devait perdurer dans les prochains jours.

L’intersyndicale avait mis à disposition enceintes, microphones et barnum afin que les jeunes puissent s’exprimer librement dans « l’agora » prévue initialement.

L’ENSSAT stoppe la mobilisation

Ils avaient déjà bloqué les accès à leur établissement jeudi et vendredi, ils ont voté lors de l’Assemblée Générale la non reconduction du mouvement ce mercredi.

Devant l’entrée arrière du campus, des barrières des chantiers voisins ont été disposées.

Leurs revendications couvraient la jauge à 180 personnes du restaurant universitaire du centre-ville jugée trop basse et le gel des APL. Pour ce mardi, le mouvement s’était donné le soutien aux lycéens et étudiants dont la « liberté d’expression est restreinte », « contre les répressions » comme mot d’ordre.

Une quinzaine à six heures ce matin puis 90 à 9h, ils n’étaient plus qu’une quarantaine lors de l’Assemblée Générale lors du vote de non-reconduction. Le porte parole du mouvement qui souhaite rester anonyme explique ce choix collectif : « On ne trouve pas pertinent de continuer à notre échelle. On se dit que si on continue plusieurs jours d’affilée, on va perdre en légitimité. Les gens et la direction vont en avoir marre. Nous avons également un certain nombre d’apprentis dans notre école donc si on continue les grèves, ils perdent leurs salaires ».

Ici aussi l’Intersyndicale est venue apporter son soutien.

Il assure cependant qu’en cas d’appel national, ils se tiendront « prêt à recommencer » mais pas nécessairement sous forme de blocus. « Il existe d’autres formes d’expression ».

D’ici à la fin de journée, ils vont essayer de garder l’esprit du début : « L’ambiance ici est conviviale avec le barbecue, les chamallow, les saucisses. C’est important pour nous qu’il n’y ait pas de violences. Nous nous opposons aux violences policières donc on ne peut pas attiser la haine non plus ou dégrader le bâtiment ».

Des DJ set à l’IUT

Dans la soirée, les représentants du mouvement d’AG de l’IUT ont annoncé la tenue de deux DJ sets avant que l’un soit annulé. Avec le mauvais temps, les festivités ont tourné court. Prévu à 18h, le DJ set a commencé avec 20 minutes de retard et s’est arrêté peu après 19h30. Les manifestants avaient néanmoins pensé à amener un générateur électrique !

Dans un mail adressé à l’ensemble des étudiants du campus, Françoise Le Guen a annoncé la fermeture du campus ce mercredi, « les conditions ne permettant pas d’assurer les enseignements dans de bonnes conditions ».

Elle espère par ailleurs que l’Assemblée Générale organisée ce même jour « soit bien représentative de l’ensemble de la communauté étudiante ».