Partout en France depuis mardi, les blocus d’établissements scolaires fleurissent. Malgré une tentative infructueuse mardi mené par le syndicat Union Pirate, Le Lycée Félix Le Dantec n’y a pas échappé ce jeudi. Une deuxième mobilisation s’est déroulée à l’ENSSAT.
Ce matin, le lycée Félix Le Dantec était en ébullition à son heure d’ouverture habituelle. Pascale Le Flem, proviseure du Lycée décrit la mise en place du dispositif lycéen : « Ce matin, un groupe de jeunes s’est présenté devant le lycée et a organisé une expression de sa revendication. Ensuite, tous les élèves qui sont arrivés avaient le choix de rentrer ou de rester le barrage étant filtrant ». Le mot d’ordre des forces de l’ordre était le suivant : sans empêchement de l’accès à l’établissement, atteinte aux biens ou personnes, aucune intervention n’était prévue mis à part l’encadrement de débordements éventuels ».
« Au bout de quelques temps, il y a eu des jets de pétards d’œufs et de différentes choses pour perturber le mouvement ». Pascale Le Flem précise que les jeunes attaquants ne semblaient pas être de l’établissement. Une information confirmée par les fonctionnaires de police présents sur place à nos confrères du Télégramme. Ce midi, elle redoutait « que des éléments extérieurs viennent provoquer des incidents plus graves ».
Côté manifestants, deux mouvements se découpent ainsi : Le premier, à l’ambiance bon enfant et le deuxième, en confrontation avec la petite dizaine de policiers mobilisés. Sarah, élève en première et instigatrice du mouvement explique sa mobilisation : « on a vu les vidéos sur les réseaux, ça nous a poussés à faire la même chose. On s’est donc organisés sur whatsapp, Tik Tok, Instagram, etc ».
Si elle considère cette mobilisation légitime, elle en critique néanmoins les moyens : « le blocus a un peu dégénéré. Le mot d’ordre originel, c’était pas de violence. Malheureusement, les élèves expriment leur mécontentement comme ils le peuvent et en ce moment, il y a beaucoup de pétards et d’œufs qui ont été lancés sur les voitures de police. On est violents alors que l’on demande le respect. Mais il faut d’abord que l’on respecte les autres, si on veut être respectés nous-même ».
On veut juste manifester dans les règles et dans les codes, sans qu’il n’y ait de bagarre.
Dans la foule, quelques manifestants tentent de raisonner leurs camarades : « si tu les provoques, ils ne vont pas arrêter ».
Des revendications multiples
Leurs revendications, bien que couvrant différents sujet, sont claires : un meilleur équilibre entre vie lycéenne et privée : « On est 35 par classe, c’est invivable, les conditions ne permettent pas de travailler. On fait du 8h 18h, nous n’avons pas le temps pour nos loisirs, faire du sport, retrouver nos amis, nous n’avons pas le temps pour tout ça. C’est juste un énorme ras-le-bol. » Vient également la question du self qui laisserait les élèves le « ventre vide » par manque de temps pour manger : « Les demi-pensionnaires ont une heure et demi pour manger mais plus d’une heure de queue ».
L’Education Nationale ne respecte aujourd’hui plus nos droits fondamentaux pour notre développement.
Des revendications qu’entend Pascale Le Flem qui les qualifie de « classiques et entendables ».
Parcoursup fait également l’objet de critiques : « ce sont des Intelligences Artificielles qui font du tri social ». Ce système n’utilise pourtant aucun algorithme de traitement. Les données sont traitées dans leur ensemble par les formations. Ce sont donc les formations qui décident individuellement de l’usage d’algorithmes ou non dans leur processus de sélection.

Une intensification des tensions
Dans la foule amassée autour des quelques policiers présents, les insultes fusent, tout comme les menaces de mort et appels au meurtre des fonctionnaires de police.
Deux départs de feu ont également été signalés : un buisson et des déchets. Tous deux ont été éteints par les lycéens équipés d’extincteurs prêtés par leur établissement.
Une situation que tente d’expliquer Sarah qui ne comprend néanmoins pas un tel déchainement de haine : « Certes, les policiers ont fait des choses qui n’étaient vraiment pas correctes envers un de nos camarades aujourd’hui et qui ne sont pas passées pour nous, élèves mobilisés. Mais notre but, c’est de faire entendre notre détresse sans manquer de respect à qui que ce soit ».
Il faut respecter les forces de l’ordre, elles ne sont pas là pour nous empêcher de manifester, mais pour encadrer.
Face aux attroupements , la Police a décidé de lancer des gaz lacrymogènes à chaque fois que leur sécurité ou celle de l’établissement semblait en danger. Des grenades assourdissantes également. Perdant peu à peu du terrain, les policiers ont donné la charge à 11h30. Au moins deux arrestations ont été effectuées sur la journée et deux policiers ont été blessés. Le calme est peu à peu revenu en début d’après midi.
Une réponse municipale
Dès ce matin, la municipalité avait mobilisé son personnel aux abords du lycée. La proposition a été faite aux jeunes manifestants d’ouvrir un débat différent de celui proposé par Edouard Geffray, Ministre de l’Education Nationale. Ce dernier proposait d’utiliser les Conseils de Vie Lycéenne comme instances de dépôt des doléances. Une non-solution pour un proche de la municipalité, ces instances reposant sur un rapport de force déjà installé entre directions des établissements et élèves. La mairie souhaiterait donc créer des instances de dialogue afin, si elle le peut d’apporter une réponse locale à ces enjeux nationaux.
Invité de Face au Trégor sur Radio TTU, Eric Robert a également réagi aux évènements de la matinée : « Je n’ai pas mobilisé la police municipale. Je n’ai pas voulu les exposer. Je vois des professeurs fatigués, il est grand temps de s’en occuper. Le droit de manifester existe. On doit laisser la possibilité aux lycéens de dire ce qu’ils ont à dire. «